Étiquettes

, , , , ,

C’est la réplique d’un collègue qui m’a mis la puce à l’oreille. Comment ça se fait que je peux pas checkiner? proteste Félix. Checkiquoi? fais-je en défenderesse invétérée de la langue française. Checkiner? renchérit Caro. Chicken chicken! rigole Kevin. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le checkinage fait jaser.

Si checkiner, c’est du chinois pour vous…

Checked In sur Facebook

Le phénomène du check in connait une fulgurante popularité depuis que Facebook a lancé une application qui permet d’indiquer l’endroit où on se trouve : Martin checked in Golf des lacs ou Julie checked in Café Croquis with Sabrina. Checkiner, c’est s’identifier sur un système de géolocalisation, à partir d’un téléphone mobile ou d’un ordinateur. On retrouve cette fonction sur les médias sociaux.

Je géolocalise, donc je socialise

La géolocalisation sociale servirait à faciliter les liens sociaux.  Facile de retrouver nos amis quand on sait en temps réel où ils se trouvent : Xavier visite une galerie d’art inuit dans le Vieux-Montréal et notre petite cousine magasine son uniforme scolaire pour la rentrée. Allo Sabrina, je me rendais justement au centre-ville, je pourrais aller prendre un café avec Julie et toi! Le check in favoriserait aussi la création de réseaux entre des gens qui ont les mêmes intérêts. Pas uniquement des amis. Grâce aux nouvelles fonctionnalités, si vous êtes en voyage à Vienne, vous pourrez voir s’afficher tous les gens branchés à leur réseau dans un rayon de 1 km, et ainsi, leur lancer une invitation à discuter avec vous et établir de nouvelles connexions avec de parfaits inconnus. Pratique, vous dites? Ou dangereux? Le débat est ouvert.

Fais pas le chicken! Checkine-donc!

Facebook sur téléphone intelligentMalgré ses nombreuses utilités, la géolocalisation sociale fait craindre une infiltration dans notre vie privée. Plusieurs ont peur de voir leur intimité dérangée : votre entourage pourrait porter des jugements sur votre fréquentation assidue des bars. Votre boss pourrait vous avoir à l’œil partout, hors du bureau, surtout s’il vous demande de trainer avec vous et de garder ouvert ce cellulaire international qu’il vous fournit. Et que dira-t-on de l’ingrat conjoint que vous êtes si une connaissance a l’indélicatesse de vous identifier avec lui au bar de danseuses? Parce que c’est là le malheur, checkine bien qui veut, mais d’autres peuvent également le faire pour vous! Checkiner peut alors créer du stress lorsque la situation devient hors de votre contrôle.

Petit check in peut aller loin…

Le danger d’afficher de l’information privée sur les médias sociaux est illustré par la plainte de cette femme à qui on avait retiré ses prestations de maladie longue durée, parce que son assureur soutenait que sa dépression était terminée, puisqu’il l’avait vu sur Facebook, verre en main, faire la fête lors d’un voyage dans le Sud. Checkiner demeure donc un choix risqué et parions que les compagnies d’assurances autant que les clients auront à redéfinir les limites entre vie privée et vie publique. Heureusement, une éthique nait peu à peu sur les médias sociaux et les internautes discutent de ce qui ne se fait pas et des bonnes manières à adopter, afin de se concerter sur des règles de cybercivilité, un peu comme laisser passer un piéton ou ramasser les excréments de son chien dans un parc. Il y aura toujours des contrevenants, à leurs risques et périls…

En somme, checkiner, c’est faire de sa vie un perpétuel épisode de Big Brother. Pour le meilleur et pour le pire. 

Publicités